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Après tout un après-midi à marcher sous la pluie, nous arrivons place Vauban dans le 7e arrondissement. La manifestation allait toucher à son terme que déjà les CRS remontaient l’avenue de Breteuil, bouclier et matraque en main, pour se positionner aux angles de la place Vauban.

La manifestation se disperse vers 18 heures mais le guet-apens est déjà bien en place. Pendant près d’une demi-heure, de petites échauffourées ont lieu. Je cherche à sortir de la souricière qui nous condamnait tous. Au fur et à mesure que le temps passe, les lignes de CRS nous encerclent de manière de plus en plus oppressante.

Nous sommes repoussés vers le coin nord-est de la place. Nous sommes gazés plusieurs fois pour nous empêcher de sortir de la nasse. Le nuage de gaz est tellement fort et stagnant qu’un début de panique a lieu. Nous restons encerclés pendant près de deux heures sous la pluie, jusqu’à ce que les fourgons viennent nous chercher. Je subis ma première fouille en montant dans le fourgon. Dans la camionnette, nous sommes huit. Quelques minutes plus tard, nous sommes débarqués dans les cours grillagées de la rue de l’Évangile (18e arrondissement). Au bout d’une heure environ, je passe devant l’OPJ. Je suis à nouveau fouillé. Entretien éclair : je suis mis en garde à vue pour « dégradation avec arme, participation a un attroupement armé et violences volontaires sur agent de la force publique ». Tout s’effondre…

La seule chose que j’ai lancée, ce sont les mégots de mes cigarettes… Mais quelle injustice ! Trempé de la tête aux pieds, éreinté, mourant de soif (je ne pourrai boire un verre d’eau que seulement quinze heure plus tard…), je patiente à nouveau sous l’eau avec les autres interpellés en attendant notre transfert.

A partir de ce moment-là, ma notion du temps devient assez floue. Mille excuses par avance pour d’éventuelles imprécisions.

Je suis donc transféré avec huit camarades au commissariat du 1er arrondissement. Nous subissons notre troisième fouille. Cette fois-ci, je dois enlever tous mes vêtements ! Quelle humiliation… Je suis mis seul dans une cellule, toujours pas le droit de boire, je tremble de froid et de fatigue. Depuis des heures, on refuse de nous donner une couverture, on refuse de me laisser ma veste. Quelques minutes plus tard, je suis rejoint par deux autres manifestants. Je ne vous décris pas la cellule immonde, une odeur âcre, pestilentielle, les murs maculés de traces plus que douteuses, et des matelas d’une saleté incroyable… La nuit est longue, très longue. Chaque cliquetis, chaque voix nous sortent de notre demi-sommeil… Vers 5 heures du matin, un policier vient me chercher, il me crie : « AVOCAT ! » J’ai l’impression d’être dans un mauvais film.

L’avocat est clairement de notre côté ; il me fait un petit clin d’œil quand il me voit arriver avec mon sweat LMPT. Pendant une demi-heure, je lui explique ce qui s’est passé. Il me donne des conseils, me demande des nouvelles de mes codétenus ; nous tenons le coup ! Je le vois presque rageur devant le traitement nous subissons….

Je retourne dans ma cellule, essaie de me rendormir. Je ne sais plus quelle heure il est, si j’ai dormi une heure, cinq heures ou seulement dix minutes.

On vient me chercher à nouveau. Cette fois-ci, ce sont les empreintes, photos et relevé d’ADN. La policière prend un malin plaisir à recommencer ses prises de vue plusieurs fois, à me parler comme à un chien… Elle me somme de rester pour voir le montage photo sur ordinateur ; je me vois de profil avec un matricule et les motifs de la garde à vue sous ma photo. Je me suis presque détesté en me voyant. Seule la partie du logo visible sur mon sweat me rappelait pourquoi j’étais là et me redonnait du courage et la rage ! Oui, j’étais vraiment en colère mais là, je le suis devenu encore plus !

Je suis à nouveau remis en cellule. Vers 9 ou 10 heures, on vient encore une fois me chercher, c’est l’audition : l’OPJ me dévisage, me demande ce que je faisais dans cette manif. J’exerçais un droit fondamental de liberté d’expression !, lui dis-je. Avec un logo qui fait référence à un mouvement qui attise la haine ?, me rétorque-t-il. Je vais devenir fou ! Il s’agit d’une famille, elle aussi plus qu’en colère ! L’avocat bondit sur sa chaise et renvoie l’OPJ dans ses pénates.

Je suis à nouveau remis en cellule… Nous recevons en guise de petit déjeuner les désormais célèbres jus de fruit imbuvables et deux des fameux gâteaux secs. Plusieurs heures se passent. Deux voyous sont placés en garde à vue dans notre cellule. Nous sommes maintenant dans cinq dans 4m2 à peine, l’air est irrespirable, il est impossible de s’allonger, nous tuons le temps à discuter, à échanger avec la cellule d’à côté ou quatre autres camarades sont incarcérés…

Tard, bien plus tard, on vient à nouveau me chercher. Mais que me veulent-ils ? Dans le couloir du commissariat, on me menotte les mains dans le dos… Je proteste ! On me dit que je vais voir le médecin : je suis transféré à l’Hôtel-Dieu en fourgon.

Quel bonheur de voir la lumière du jour ! Je regarde les passants, les voitures, la vie continue et moi je suis là, mon sort entre les mains de la police… du préfet… du ministre…, à ne plus pouvoir décider de rien. Je suis pris dans cette machine judiciaire sans âme ni humanité. À leurs yeux, je suis un criminel ne méritant pas la liberté, trimballé comme un pantin… Je retrouve un peu d’humanité devant le médecin qui m’ausculte et prends le temps de m’écouter. Je bois mon premier vers d’eau depuis quinze heures…. Je ne croyais pas trouver un jour un simple verre d’eau aussi bon et revigorant ! À la fin de la consultation, je patiente encore longtemps, très longtemps, dans une cellule de l’Hôtel-Dieu. Je rencontre un « gavé » [gardé à vue] du commissariat du 7e mais nous n’aurons pas le temps d’échanger, je repars vers le 1er arrondissement.

Quelle joie de retrouver mes compagnons d’infortune ! Mais l’odeur de la cellule dans laquelle cinq personnes mijotent depuis quinze heures me ramène vite à la réalité… Je déjeune. Une sorte de soupe de pâtes à moitié brûlante et en même temps congelée, c’est immonde mais je meurs de faim.

Nous patienterons encore six heures et demie sans savoir ce qu’il adviendra de nous. Nous sommes relâchés vers 18 h 30 sans aucune autre forme de procès : vingt-trois heures de détention illégale et de privation de liberté pour avoir osé dire que je n’étais pas d’accord avec le président et avoir crié ma colère contre ce gouvernement ! Je réclame un document mentionnant ma garde à vue, on me le refuse.

Ce dont je suis sûr maintenant, c’est que je suis encore plus ancré dans mes convictions, et que cette épreuve m’a rendu encore plus fort et plus déterminé, Manu, tu n’as pas fini d’entendre parler de nous ! ONLR JJJJ !

Augustin.

admin

2 Comments

  1. J’ai reçu d’autres témoignages qui m’indiquent que vous ne racontez pas d’histoires. Vous faites partie des 250 citoyens à avoir été pris en otage par la police pour intimider les Français.
    Nous sommes dans un État policier, pas dans un État de droit.
    Je diffuse votre témoignage autour de moi. Le peuple français est en train de se réveiller, enfin !
    Le ministre de l’intérieur aurait aimé pouvoir réaliser une telle opération lors de la Manif pour tous. Le service d’ordre était mieux préparé, il y avait trop d’enfants.
    Et les médias aux ordres osent parler de violences, de haine de la part des manifestants. J’ai honte de mon gouvernement !

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