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Témoignage après une garde à vue de 24h                le 26/27 janvier 2014

 

Quelques minutes après l’ordre de dispersion de la manifestation du Dimanche 26 janvier dernier, au moment où je voulais rentrer chez moi vers 18h05 je me trouvais seule sur la place Vauban. Je me suis dirigée vers la station Tour Maubourg mais l’accès était bloqué par un barrage de CRS. A ce moment-là, des groupes de casseurs ont commencé à se montrer très violents envers le camion de média qui se trouvait là et pour ne pas me mêler à eux je suis retournée sur la place en pensant sortir du côté du métro Invalides. Mais arrivée de l’autre côté je me suis rendue compte que c’était également bouché par les forces de l’ordre.

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Sur la place, j’ai retrouvé deux amies qui venaient de se faire gazer par des grenades lacrymogènes alors qu’elles cherchaient aussi désespérément une issue. Nous sommes restées à l’écart en tentant d’éviter les mouvements de foule, en attendant que l’on nous laisse partir, parce que nous étions réellement prisonniers sur la place. Le cercle des CRS se refermait petit à petit sur tous les manifestants y compris ceux qui n’étaient pas du tout agressifs. J’ai à ce moment retrouvé un ami que j’ai rejoint, et ensemble nous avons essayé de trouver une issue pour rentrer chez nous, nous nous sommes fait gazer par des grenades lacrymogènes que les CRS lançaient sur la foule et ensuite alors que nous étions sur le trottoir nous avons été entraînés dans une course pour ne pas nous faire écraser, et nous nous sommes heurtés à des policiers en civil qui ont attrapé mon ami et lui ont donné des coups mais il a réussi à leur échapper; à ce moment-là, j’ai glissé et suis tombée en me faisant vraiment mal sur le côté droit. Nous avons pensé nous échapper par les douves mais les policiers ont également bloqué cet accès, et à partir de ce moment, nous avons su qu’il ne servirait plus à rien de tenter quoique ce soit ce soir-là.

 

GAV

 

Toute violence a cessé. Et nous avons commencé à attendre, sans savoir quoi exactement. Alors que nous étions tous là, à attendre, les CRS ont commencé à embarquer quelques personnes mais sans leur expliquer ce qui se passait. Mes amis et moi pensions qu’ils voulaient nous relâcher un par un pour gérer le flux des manifestants. Mais en fait ils nous ont pris aussi, nous ont palpés, et embarqués dans le camion en nous prenant nos cartes d’identité, mais sans aucune explications! Nous avons été interpellés à 19h15 et pendant tout ce temps, je n’ai pas cessé de vouloir sortir de ce dispositif. Nous sommes arrivés vers 20h30 rue de l’évangile, où ils ont contrôlé notre identité et mis en Garde à vue. les motifs : Participation à un attroupement armé (ce qui relève du délire), Détérioration du bien public, Agression envers les forces de l’ordre et désobéissance aux sommations (il n’y en a absolument pas eu!!!)

 

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Arrivés rue de l’évangile, ils nous ont rendu notre carte d’identité. Nous avons demandé à aller aux toilettes mais nous avons du attendre très longtemps avant d’en avoir la permission. Quand enfin une policière est venue me chercher pour m’emmener j’ai croisé dans le couloir un homme d’une cinquantaine d’année qui faisait un malaise. Nous avons dû ensuite attendre plusieurs heures dans le froid alors que nous étions trempés avant d’être transférés dans différents postes de police. L’organisation n’était pas bonne : il n’y avait pas « d’effectifs féminins » pour s’occuper des deux filles qui étaient avec moi et moi-même.

 

A minuit et quart j’étais dans ma cellule (aux intenables odeurs d’urine) et nous avons attendu jusqu’au lendemain 18h25 (heure à laquelle j’ai enfin pu sortir du commissariat). Nous avons pu voir notre avocat durant la nuit (en ce qui me concerne de 1h52 à 2h25), et été auditionnés en présence de mon avocat en ce qui me concerne. J’ai également été soumise à un relevé d’ADN, d’empreintes et photos.

 

J’ai été libérée à 18h25 sans poursuites judiciaires, mais on m’a informée que je ne pourrai pas effacer mon dossier, qu’ils garderont toujours une trace de mon passage en Garde à Vue. 

Je tiens juste à témoigner que comme tant d’autres, j’ai été victime d’une détention arbitraire, et d’une atteinte à ma liberté d’aller et venir : notons bien qu’à AUCUN moment il n’y a eu de sommations. Et je trouve scandaleux que nous ayons été arrêtés pour des motifs qui ne nous concernaient absolument pas.

 

 

 

admin

One Comment

  1. Mes souvenirs me rappellent qu’il y a longtemps le même comportement avait été constaté dans les pays où la dictature allait s’installer. Nous y sommes Greg

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